L’invitée du jour — Emeline Kreiss décrypte le cerveau des émotions

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L’invitée du jour — Emeline Kreiss décrypte le cerveau des émotions
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Explorons le monde fascinant des émotions. Depuis l’Antiquité, les hommes se sont demandé d’où elles venaient, les situant tour à tour dans le cœur, le sang ou même la bile. Aujourd’hui, c’est du côté du cerveau que nous allons chercher des réponses, pour mieux comprendre nos émotions et leur rôle dans notre quotidien, avec Emeline Kreiss, neuropsychologue, à retrouver également dans le magazine Croire et Vivre. Commençons par comprendre ce qu’est une émotion et ce qu’elle déclenche dans le cerveau.

Une émotion est une réaction affective momentanée à une situation ou à des pensées. Elle peut être agréable ou pénible, intense ou faible, et elle est souvent accompagnée de manifestations physiques. Elle sert à avoir une réaction adaptée à la situation rencontrée, pour répondre à tous nos besoins. Souvent, elle est le signe d’une recherche de survie ou de sécurité. On a distingué cinq émotions de base : la joie, la colère, la peur, la tristesse et le dégoût. Certains ajoutent même la surprise. Ces émotions sont universelles : elles sont reconnues partout dans le monde.

La joie et la colère ne sont pas tout à fait reçues de la même manière par le cerveau, mais globalement face à une situation, nos sens sont tous en éveil. Le cerveau rassemble toutes les informations qu’il reçoit et les traite dans le système limbique. Le système limbique est une zone au centre du cerveau, très archaïque, qui déclenche toutes les réactions physiques en réponse à ces émotions. Pour la joie, ça va être le sourire, pour la colère, ça va être peut-être le visage rouge, les traits froncés. Chez l’être humain, le système limbique est ensuite connecté à l’avant du cerveau qui va réguler nos émotions dans un second temps, selon nos choix, nos valeurs, notre raisonnement, etc. C’est grâce à cette zone à l’avant du cerveau que l’on peut transformer son émotion et ses réactions physiques.

Certaines personnes semblent plus sensibles ou émotives. Nous ne sommes en effet pas tous égaux face aux émotions.

Les émotions de base sont en fait un peu toutes les mêmes pour tout le monde, mais ce qui change, c’est ce qui est considéré par le cerveau comme une situation importante et comment l’avant du cerveau régule notre réaction émotionnelle. Par exemple, une personne traumatisée par un climat violent ou colérique dans l’enfance va avoir tendance à réagir fortement à des situations que d’autres peuvent trouver tout à fait naturelles et normales. On n’a donc pas tous le même seuil de sensibilité. On n’est pas tous sensibles de la même façon. C’est important de l’avoir en tête effectivement quand on est avec d’autres personnes, parce que toutes les émotions sont légitimes, vraies et nécessaires pour ceux qui les ressentent.

Nous ressentons tous, chaque jour, toute une palette d’émotions. Certaines nous font du bien, d’autres nous bousculent, mais toutes influencent nos comportements. On pourrait les classifier en deux catégories : les émotions agréables, comme la joie et la fierté, et les émotions désagréables, comme la tristesse, le dégoût ou la honte. Cela ne veut pas dire pour autant que nous avons plusieurs cerveaux émotionnels.

Le cerveau distingue les émotions selon deux paramètres : l’intensité de l’émotion, de faible à élevée, et le fait d’être agréable ou désagréable. On ne peut pas distinguer deux cerveaux différents, mais ils donnent naissance à des manifestations physiques et des comportements différents. Par exemple, quand je finis de chanter sur scène pendant un concert, j’ai une émotion de joie très intense, très agréable et ça va me procurer une bonne dose de dopamine, l’hormone du plaisir. Alors que si j’entends une remarque négative d’une collègue, je vais ressentir une colère, que j’appellerais sûrement un agacement et qui va me procurer de l’adrénaline pour pouvoir fuir dans un autre bureau ou trouver une réplique bien cinglante.

Oscar Wilde disait « L’émotion nous égare, c’est son principal mérite ! » Certaines de nos émotions peuvent effectivement nous envahir au point d’influencer nos comportements, notre mémoire, ou encore notre capacité à évaluer une situation. Apprendre à connaître nos émotions va nous permettre de mieux trouver notre équilibre et mieux vivre ces émotions au quotidien.

Le cerveau utilise l’avant du cerveau, les zones qu’on appelle frontales, pour pouvoir réguler nos émotions et nos comportements. Donc chaque décision, chaque comportement et chaque souvenir dépendent de l’émotion ressentie. Si on est par exemple dans une émotion agréable, on va être attiré par ce qui nous l’a procurée. Si on est dans une émotion négative, on va fuir, combattre ou bien simplement rester immobile parce que l’émotion est trop intense. A posteriori, on va quand même pouvoir avoir une action sur ces émotions.

Pour mieux vivre nos émotions, on peut agir sur les causes profondes en réfléchissant à ce qui s’est passé et sur les réactions émotionnelles en elles-mêmes. Par exemple, je peux utiliser des méthodes de relaxation pour diminuer l’intensité de ma réaction de peur et une fois la peur passée, réfléchir à ce qui l’a causée. De la même façon, on peut calmer la colère en la déchargeant sur quelque chose d’acceptable, comme les arts ou le sport, et réfléchir ensuite à la situation qui a provoqué cet état. Parfois, il peut être utile de réfléchir avec quelqu’un d’autre, pour clarifier les choses.